Chapitre 12: BIOGRAPHIE DES MATPARA DCD.

 
  • Alexandre ESPOSTI
Alexandre ESPOSTI est né à Toulon le 5 novembre 1928, dans une famille corse. Dès l'âge de 8 ans il a été placé dans une école d'enfants de troupe.
À l'époque ces écoles, qui s'appelait EMPT (École militaire préparatoire technique), formaient des gradés dont un fort pourcentage faisait le gros et le meilleur de l'encadrement des services et des armes techniques. En 1946, il n'a pas encore tout à fait 18 ans, lorsqu'il signe à l'EMPT de Tulle un contrat de cinq ans au titre du service du matériel.

 
Son témoignage sur ses années d'enfant de troupe.
« Je suis rentré à l'École militaire enfantine Hériot, située à la Boissière près de Rambouillet dans les Yvelines, à la fin de 1936. J'avais 8 ans. En 1940, l'école a déménagé à Billom dans le Puy de Dôme. Notre exode a duré trois ou quatre mois. Nous avons voyagé en train. Nous couchions dans les gares, les granges remplies de paille.  Au bout de deux mois à Billom, nous avons été renvoyés chez nous pendant six mois.
Nous avons été rappelés au 10° régiment d'artillerie coloniale (10° RAC), qui tenait garnison à Draguignan. Là nous avons retrouvé les religieuses qui nous encadraient et les copains. Nous y sommes restés un an jusqu'à la dissolution du régiment.
J'ai passé le concours pour rentrer à l'École militaire d'Epinal, dont l'autorité militaire avait fixé résidence à Montélimar caserne Saint-Martin. J'y suis resté deux ans.
Peu après le débarquement en Normandie, nous sommes renvoyés dans nos familles. Je suis donc retourné en Corse, dans mon village natal que j'avais connu tout petit et dans lequel je n'avais plus aucun repère familial. Je n'y suis resté que deux mois.
En 1946, j'ai rejoint l'École militaire préparatoire technique de Tulle et je me suis engagé le 5 novembre 1946, pour cinq ans. À l'époque, c'était un colonel du Matériel qui commandait l'école:  le colonel Léonard, Polytechnicien, futur directeur central du Matériel.
J'ai été retiré de la scolarité, suite à un incident avec un professeur de mathématiques. J'ai été affecté aux cuisines. Comme c'était l'époque où on "crevait la dalle", j'étais le nabab! ».
Il part aussitôt pour l'Algérie. Quelques mois après il revient en France pour passer son brevet parachutiste.
Son témoignage sur son premier séjour en Algérie.
« Contre l'avis de mes supérieurs, j'ai choisi d'être muté à la 75ème compagnie de réparation divisionnaire (75ème CRD) à Sétif en Algérie. J'ai embarqué à Marseille. À Alger, je suis accueilli par un caporal du 1er RCP qui portait, à l'époque, le béret bleu. À Sétif, j'ai fait tous les stages possibles, grâce au commandant d'unité qui était un ancien enfant de troupe. J'étais affecté à la 1ère compagnie d'Instruction du 1er RCP. Pour sortir de la citadelle, il fallait porter le brevet parachutiste. Aussi j'ai été breveté par avec le numéro 10 782.
On prenait deux jeux de parachutes dans la salle de pliage, qu'on pliait nous-même. Comme il n'y avait pas assez de place, les trois quarts du temps on se retrouvait dans l'escalier.
Il y avait quatre personnels féminins de l'Armée de Terre (PFAT) qui étaient à côté dans l'atelier. C'était les premières réparatrices que j'ai connues. Elles portaient encore le calot des ambulancières. Je les ai retrouvées en Indochine.
Pour ce premier séjour, en Algérie, je suis resté deux ans de 1946 à 1948. Puis je suis parti pour l'Indochine. »
 
À cette époque, l'Indochine était le théâtre de violents combats et il n'avait pas vingt ans quand il arrive à Saïgon. De ce premier séjour de deux ans il en reviendra envoûté par le charme de ce pays.
Son témoignage sur ce premier séjour en Indochine.
«J'ai fait la traversée pour rejoindre l'Indochine sur le paquebot "Maréchal Joffre". Un bateau immense dans lequel s'entassait des milliers de soldats du corps expéditionnaire en Extrême-Orient.
Ce premier séjour, je l'ai effectué dans le nord à Hanoï. Je faisais partie de la compagnie de base des troupes aéroportées Nord. La section de pliage des parachutes faisait partie de cette compagnie qui regroupait tous les services. L'effectif se composait d'un lieutenant, de cinq sous-officiers et de PFAT. Les trois quarts des filles avaient connu comme "gigolos" des officiers. Nous à côté, nous n'étions pas grand-chose.
Nous sautions opération pour récupérer les parachutes. On était seul comme sergent. Il fallait se débrouiller avec les autochtones des villages et les prisonniers "viets" pour récupérer les parachutes, les plier sommairement, en attendant les moyens de transport qui devaient nous ramener au camp de base avec les matériels.
Quand je suis rentré de ce premier séjour, je n'avais aucun brevet technique. »
 
De retour en France, il a été affecté à Bayonne (caserne de la Nive) à la 75ème compagnie de réparation moyenne automobile (75ème CRMA) à Bayonne sous les ordres du capitaine ESTABLIE. Il y est resté deux ans et est reparti, en avril 1953, pour un deuxième séjour en Indochine.
Une anecdote sur ce deuxième séjour en Indochine.
« Au cours de ce deuxième séjour, j'ai été affecté au 8ème bataillon de Parachutistes de choc (8ème BPC) en isolé. Ils m'ont mis au service du matériel du bataillon et plus exactement à l'armement. Un jour, le lieutenant LABBATqui était venu chercher sa carabine et son pistolet, m'a fait affecter à la 1ère compagnie (sa compagnie) en tant qu'adjoint de section. La section était constituée de vieux baroudeurs disciplinés.»
 
Le 2 février 1954, au cours d'un saut sur Dien Bien Phû, il est gravement blessé au ventre et à l'abdomen. Dans son malheur, il a la chance de pouvoir être évacué par l'un dernier moyen aérien encore en service sur cette piste. Il est évacué sanitaire sur l'hôpital militaire de Toulon, comme bien d'autres. Ce qui créait un certain surnombre.
Voici le récit de ses mésaventures à l'hôpital.
« Quand je suis arrivé à l'hôpital militaire de Toulon, ils m'ont mis sur un chariot, direction le pavillon Fontau. Là, ils m'ont déposé dans un couloir. Il était 11 h. Dans l'après-midi, vers 16 h, deux médecins stagiaires passent et me demandent ce que je faisais là. Ils étaient étonnés d'apprendre que j'avais été débarqué le matin, du bateau sanitaire " Jamaïque ", et que personne ne s'était encore occupé de moi. À la lecture de ma fiche, ils se sont exclamés: "vous êtes dingues, vous avez le ventre ouvert!". Un brancard arrive et on m'emmène dans une chambre de huit lits, sans avoir mangé. La nuit se passe sans que l'on me change mon pansement, alors que j'avais un anus artificiel et que les excréments sortaient de partout. Le matin on me sert un café et j'attends. Un infirmier arrive et prévient le médecin-chef. Celui-ci arrive avec sa cohorte d'étudiants. Puis ils sont repartis. Personne n'a changé mon pansement et on ne m'a pas donné à manger. J'avais le ventre à l'air. Au bout de quelque temps, un toubib est arrivé et a réglé le problème. J'ai été opéré. Ils ont refait la liaison intestin - anus.
Quelques jours plus tard, les prisonniers de Dien Bien Phû sont arrivés et là tout a changé. Les marins ne faisaient plus la loi.»
 
Après sa convalescence il rejoint l'ERGM de Montauban, après être passé par Mont de Marsan, Bayonne et Toulouse.
Voici le récit de ce périple.
« Après la convalescence, j'ai rejoint Mont de Marsan qui était la base arrière de tous ceux qui étaient en fin de séjour. On était "parqué" dans des dortoirs d'une quarantaine de lit, mais nous n'étions pas obligés d'y loger. Il fallait y passer tous les jours pour consulter les listes d'affectations. J'y suis resté 15 jours.
Et puis un jour, j'ai vu mon affectation pour Bayonne à la compagnie commandée par ESTABLIE. En guise d'accueil, il m'a dit:" fini pour toi les paras, je vais t'envoyer à Bourges faire de la comptabilité matière!".
Grâce au médecin qui m'avait fait les premiers soins à Dien Bien Phû et qui était, lui aussi, affecté à Bayonne, j'ai été muté à Toulouse. Devant ma déception, le toubib m'a réopéré et remis en convalescence. À l'issue de ma convalescence, je suis allé à Paris pour connaître ma mutation. J'étais affecté à Montauban à l'ERGM Aéro. Là-bas, j'ai remplacé une fille chef d'équipe à la réparation, alors que je n'y connaissais rien!»
 
En novembre 1955, il repart pour l'Algérie, où il rejoint le QG de ce qui allait devenir la 10ème division parachutiste.
« J'ai été affecté à la section de pliage de la compagnie de commandement de la 10ème Division Parachutiste (10ème DP). Je suis arrivé un mois avant la bataille d'Alger. Dans la section d'entretien et de pliage des parachutes (SEPP), il y avait beaucoup d'appelés. J'avais un bon copain GEORGES: c'était mon poulain. Nous nous étions connus aux enfants de troupe. Il a sauté avec moi sur Port-Saïd.»
Il fait partie de l'opération aéroportée sur Port-Saïd. Pendant deux mois, il restera sur place et sera évacué pour retourner en Algérie. Il rejoint l'ERM d'Alger.
« J'ai sauté sur Port-Saïd pour l'opération sur le canal de Suez. A l'époque, j' étais affecté au groupe récupération des parachutes de la section de pliage de la BAP/AFN. Pour cette opération, j'avais pour mission de récupérer les matériels de la 10ème Division Parachutiste. Nous avons, dans un premier temps, été brouettés sur Chypre par voie aérienne civile (Air France). Nous sommes restés quinze jours sur l'île, a bivouaquer sous des tentes anglaises. Puis, une nuit, à 1heure du matin, branle-bas de combat ! On est venu nous chercher pour embarquer, mais personne ne connaissait la destination: pas même le lieutenant.
Vers 4h, on s'est équipé puis décollage. Pour ne pas alerter les égyptiens, les avions ont fait un grand détour et sont arrivés par le désert, alors qu'ils nous attendaient par la mer.
On a sauté à 7h du matin, à une altitude de 400m (la deuxième vague a été larguée à 13h sur Port Fouad). La zone de saut était souple. Et là, j'ai eu la peur de ma vie. J'ai atterri dans un trou, fait par un obus de mortier. Je m'étais mis à plat ventre pour me déséquiper, quand soudainement un gars tombe à côté de moi. Il portait un casque anglais. Il m'a sauté dessus, croyant qu'il avait à faire à un ennemi. Après quelques volées de bois vert, on a réussi à s'expliquer et tout est rentré dans l'ordre.
Pour tout armement, je n'avais qu'un pistolet de calibre 7,65 mm. Aussi, le premier mort égyptien que j'ai trouvé, je lui ai soustrait sa carabine tchèque avec ses munitions: il n'en avait plus besoin!
Le lieutenant qui commandait la section s'appelait MORANVAL. Il n'était pas très à l'aise. En progression, à chaque fois qu'il rencontrait un trou d'obus, il sautait dedans. Son radio, restait à l'extérieur. Il lui disait: " Hé! mon lieutenant, c'est fini !" Puis il rigolait.
Pour nous, les anciens d'Indochine, c'était de l'amusement par rapport à Dien Bien Phu. Le pire, c'était les mines ».
 
Quand il est rentré d'Algérie, après le putsch, il est muté à Calvi à l'atelier de réparation des parachutes détaché de l'ERGM ALAT & Aéro de Montauban. Il prend la fonction de chef d'atelier en remplacement d'un ancien qui partait à la retraite.
« À cette époque, le 2ème REP n'était pas encore arrivé sur l'île de Beauté. J'étais avec le 1er Choc qui lui aussi était en partance. Pour accomplir ma mission j'avais un chef d'équipe et trois réparatrices.»
Après la Corse, il est nommé sous-lieutenant et rejoint l'inspection du matériel pour un séjour de deux ans. À l'issue de son séjour parisien, il est muté à Montauban à la 191ème compagnie moyenne de réparation des parachutes (191ème CMRP).
« J'ai été affecté à la 191ème CMRP à Montauban, comme adjoint au capitaine PEYRONNEL. J'étais l'officier des détails et le responsable des effectifs. Je faisais aussi la solde. À l'époque on payait les gars de la main à la main. J'ai dissous la compagnie. D'ailleurs quand je suis arrivé, le capitaine m'a dit:" on ne va pas rester longtemps ensemble". La compagnie formait corps, il m'a fallu un an pour la dissoudre. En même temps que j'effectuais la dissolution, j'étais au stockage de l'ERGM. Une fois la compagnie dissoute, je suis resté au stockage. À l'époque, c'était le colonel PARLANTI qui était le directeur de l'ERGM.»
 
Il a fait valoir ses droits à la retraite fin 1977.
Chevalier de la Légion d’Honneur et de l'Ordre National du Mérite, titulaire des médailles commémoratives d'Indochine et d'Algérie, le commandant (er) Alexandre ESPOSTI restera un exemple pour les générations futures.
Extraits de l'éloge funèbre prononcé par le CLN DOUMERC et de son témoignage recueillit à la "cabane" le 28 juin 2010.



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