Chapitre 7: TÉMOIGNAGES

 
Au cœur de la 11e DP et de la BOMAP :
mémoires et éclats de vie des « Mat Paras ».
 
Des exigences de la 11ème division parachutiste aux ateliers de la BOMAP, de la rigueur glaciale des inventaires d'hiver ou des pannes de chaudière mémorables de Francazal jusqu'aux intenses campagnes de pliage menées au profit des Commandos Marine de Lorient, ces nouveaux récits lèvent un peu plus le voile sur la grande famille des « Mat Paras ». À travers les voix d'Hervé Denis, Patrick Poitevin, Daniel Beaujot, Patrick Lefebvre, Patrick Lavie et Gérard Colom, c'est toute la richesse d'un métier d'artisan de l'ombre qui se dessine — entre nostalgie des sauts en Nord Atlas sous les voiles rondes, camaraderie de chambrée, sens de la débrouillardise et conscience aigüe d'une responsabilité vitale.
 
  • Témoignage de Hervé DENIS (Coin's 599): chef de section de plieurs parachutistes.
Ce témoignage d'Hervé Denis met en lumière le quotidien exigeant et unique des plieurs de parachute de la 11ème division parachutiste. Il illustre comment, entre rigueur technique absolue et engagement militaire, ces hommes de l'ombre parviennent à conjuguer le métier de soldat et la responsabilité vitale de leur mission.
" Si les unités de la 11ème division parachutiste ont au moins un point en commun, en revanche elles ont toutes quelques particularismes qui leur donnent leur spécificité. Parmi ces unités l'une d'entre elles est unique: la compagnie technique de la base opérationnelle mobile aéroportée. En effet elle a pour mission la maintenance des parachutes nécessaires à l'entraînement au saut des régiments de la division, pour laquelle 150 plieurs oeuvrent quotidiennement, tout en gardant à l'esprit qu'ils sont aussi des soldats. Avec ces personnes à la fois parachutistes et spécialistes, un style de commandement particulier et adapté s'impose pour le chef de section, comme pour tous ses cadres. En effet, à l'incorporation, tous les appelés de la compagnie technique sont volontaires parachutistes. Par contre, leur enthousiasme s'amenuise lorsqu'ils apprennent leur affectation au pliage.
C'est alors au chef de section de s'investir pour les motiver.
Parce qu'ils sont tous brevetés et portent le béret rouge, ce sont d'abord des parachutistes. À ce titre, on cultive chez eux le même goût de l'effort physique et du dépassement de soi: l'effort collectif, l'esprit de cohésion, la camaraderie (notamment par le biais de sorties sur le terrain, de challenges sportifs ou du fameux challenge "Houassi") ne sont pas oubliés.
Secondé par ses chefs de groupe, le chef de section conduit la séance de sport quotidienne, alternant footing, musculation, natation ou parcours d'obstacles, sans oublier les sports collectifs. Mensuellement il organise une séance de tir au FAMAS et met à profit toutes les sorties sur le terrain pour améliorer les savoir-faire tactiques de ses personnels. Les pistes d'audace du camp de Causse, la Montagne Noire, les cailloux de Caylus ou encore les zones de saut qu'ils utilisent fréquemment ne sont donc pas inconnus des plieurs. En effet, deux fois par mois, le chef de section les emmène au saut, afin d'utiliser les parachutes pliés par leurs soins. Cela contribue à les rendre consciencieux dans leur travail et à faire d'eux des parachutistes-spécialistes selon la maxime suivante: "On ne parachute pas à blanc".
D'autre part, le chef de section a un second rôle, une tâche difficile, mais captivante, à accomplir.
En effet, en plus des activités à caractère purement militaire, au cours desquelles il commande directement ses hommes, il doit les encadrer lorsqu'ils sont au quartier, les suivre sur le plan technique, les guider et les aider dans leur vie de tous les jours, y compris hors-service. Il doit les instruire, vérifier puis entretenir leurs connaissances techniques, indispensables pour en faire des «techniciens du pliage». C'est là son challenge, car le travail est techniquement difficile, très éprouvant aussi bien physiquement que moralement. Le plieur n'a pas droit à l'erreur, car il sait qu'il tient entre ses mains la vie du camarade placé dans le harnais lors du saut. Ses gestes doivent être mesurés et parfaits afin d'assurer la sérénité et la sécurité des sautants. Aussi, l'encadrement (officiers et sous officiers spécialistes de la maintenance des matériels de parachutage et de largage) doit déployer à la fois des qualités humaines et professionnelles afin de mener à bien cette mission délicate. Plus qu'ailleurs, l'exemplarité et la compétence du chef sont indispensables.
Il est à l'écoute de ses hommes et les connaît parfaitement, sachant se placer parmi eux et non au-dessus d'eux. C'est sans aucun doute cet aspect du commandement, qui permet à la plupart des plieurs de déclarer, lors de leur départ, qu'ils sont satisfaits d'avoir fait leur service militaire à la compagnie technique.
Bien qu'exerçant un métier difficile et méconnu, les parachutistes de cette compagnie, ne sont finalement pas très différents de leurs camarades des autres régiments. Travailleurs de l'ombre, ils donnent le meilleur d'eux-mêmes pour peu que l'on sache les commander en leur portant l'attention qu'ils méritent, parce que nous leur confions tous nos vies, lorsque nous sautons."
 
  • Témoignage de Patrick POITEVIN, chef de la section distribution.
Ancien fantassin ayant servi au cœur de la BOMAP entre 1984 et 1991, Patrick Poitevin dresse un vibrant hommage au métier de "Mat Para" et à l'exigence absolue qui anime les plieurs de parachutes. Son récit met en lumière le contraste entre la discrétion de ces spécialistes de l'ombre et la responsabilité vitale, technique et opérationnelle qu'ils portent au quotidien.
" Fantassin d’origine, j’ai servi à la BOMAP de 1984 à 1991, à la Compagnie Technique (la C.T.) », comme chef de section de plieurs de parachutes et chef de la section distribution des parachutes. Puis à la Compagnie des Services ( la C.S.) en tant qu’officier du matériel.
La BOMAP est une étrange unité toutes armes où parachutistes des Troupes de Marine, de l’Infanterie, du Train, du Matériel, de la Cavalerie, du Génie, de l’Artillerie etc. se côtoient, dans un mariage de technicités complémentaires, pour assurer la mission principale : la mise à terre des matériels et des personnels. La CT est en parfaite osmose dans ce régiment.  Elle en est le cœur.
Le « Mat Para », vu de l’extérieur, passe inaperçu dans le monde des parachutistes : bon vivant à l’allure décontractée, pour ne pas dire nonchalante. Surprenant contraste avec la réalité. Car vu de l’intérieur, il est à l’opposé de cette vision dérisoire que je viens de décrire. Toujours disponible, que ce soit pour plier, compter, ranger, distribuer, récupérer, faire sécher, réparer, (que ce soit des parachutes à matériels ou des parachutes à personnels). Il est présent sur toutes les zones de saut de France et d’ailleurs comme sur tous les théâtres d’opérations. Le tout avec une organisation époustouflante. Pour lui, rater une mission, c’est saboter au minimum une séance de saut, avec pour conséquences immédiates des heures de vol avion qui partent définitivement en fumée et des dizaines de Paras qui perdent une journée. Inutile de parler des conséquences dans un tel cas de figure.
Le métier de plieur est ingrat!  Ils n’ont pas droit à l’erreur. Ils accomplissent leur travail dans la bonne humeur! Pour eux le temps ne compte pas. Ils ont un quota à remplir, coûte que coûte, vaille que vaille, dans une atmosphère « talquée »,  sous la houlette de cadres qui déploient des trésors de pédagogie pour qu’ ils fassent du bon travail. Et pourtant, ce travail est quelque peu rebutant et tellement important. Il ne faut pas oublier que sous chaque parachute il y a une vie humaine.
Toujours disponibles pour l’entraînement au combat, les plieurs de parachutes, jouent le rôle de grenadiers voltigeurs en binôme, avec sérieux, tout en manœuvrant comme le fantassin moyen.
Je suis fantassin et j’éprouve une grande fierté d’avoir servi à la BOMAP et en particulier à la CT. Merci de m’avoir proposé de m’exprimer dans cet excellent site sur les Mat Para!
?
Et pour finir, j'ai une pensée pour tous ceux qui sont morts en service commandé, quelle que soit leur arme, en particulier ceux du crash de Castres (ACH NATTON, ACH HUPLIEZ, MCH THIBAULT), du crash d’U.L.M. (ACH VERNET)."
 
  • Témoignage de Daniel BEAUJOT (Coin's 557).
À travers son parcours de l'ETAP à la BOMAP, l'ancien fantassin Daniel Beaujot partage sa découverte de l'univers rigoureux et méconnu des « Mat Paras ». Son témoignage met en lumière la transition saisissante entre la vie de soldat de terrain et la découverte de ce travail de l'ombre colossal, indispensable à chaque saut.
" Mon activité parmi les « Mat paras » a commencé à l’ETAP à la 1ème  Compagnie. J’ai été affecté pendant  six mois à la SEPP (Section d’Entretien et de Pliage des Parachutes) à la salle de vérification des parachutes. J’ai appris le pliage avec le MCH GUEDON, ensuite ma mission consistait à superviser les vérificateurs. Pour un fantassin, c’était un univers que je ne connaissais pas. J’ai découvert le travail en salle qui ma changé des grands espaces : les salles chauffées en hiver  mais surchauffées en été. C’était une véritable mutation.
Pendant mes deux années et demi passées à la Compagnie d’Instruction je n’avais fait que visiter les installations de la SEPP : séchoir, salle de pliage, de vérification, stockage et réception. Pour moi c’était une vraie usine. Les plieurs qui courraient le long des tables, le travail à la chaîne et surtout la minutie dans le travail, les nombreuses vérifications des chefs de tables, la disponibilité des chefs d’équipes. Jamais je n’aurai imaginé que tout cela se faisait pour que nous puissions sauter : tout ce travail pour quelques secondes de saut.
Après quatre années passés au CEC (Centre d’entraînement Commando)  de Pont Saint-Vincent, j’ai rejoint la BOMAP. J’ai été affecté à la CT (Compagnie Technique) sous les ordres du Capitaine BOYER et plus particulièrement au CPE sous les ordres du Capitaine TARRAT. J’y ai retrouvé des copains rencontrés à l’ETAP. Il y avait, entre autres, l’ACH BOENIGEN.
Après avoir révisé mes connaissances en matière d’entretien des parachutes,  je suis affecté à la salle de vérification des parachutes. J’ai toujours été impressionné par les énormes tas de parachutes alignés le long des fenêtres. Il faut dire qu’à l’époque, l’activité aéroportée était très intense. Le CPE fournissaient 2 500 parachutes par semaine ! J’ai beaucoup apprécié cette période, car j’ai toujours aimé être au contact de mes soldats et dans ce travail, il le faut particulièrement. Il faut que la confiance s’installe.
Lorsqu’un parachute était très emmêlé, les vérificateurs m’appelaient et je travaillais avec eux. C’était un jeu de patience qui me plaisait. L’ambiance était très bonne. C’était de la camaraderie entre cadres avec, de temps en temps, des coups de gueule parce qu’on discutait dans un coin ou parce qu’on était dans le bureau du chef de salle au lieu d’être près de nos tables mais tout se passait bien.
Les parachutistes qui travaillaient à la SEPP exécutaient un travail qui mérite le respect. Je me souviens du séchoir où ils travaillaient pliés en deux toute la journée, de la salle où les plieurs courraient le long des tables pour assurer le rendement dans les délais. Ils avaient une lourde responsabilité et ils n’étaient qu’appelés du contingent.
De leur côté, les cadres étaient disponibles et leurs compétences professionnelles étaient indiscutables. Oui, le fantassin que j’étais (et que je suis toujours), est content et fier d’avoir vécu autre chose avec vous, les « MATPARAS ». Je n’imaginais pas tout ce travail exécuté dans l’ombre pour  que nous puissions sauter. Je ne connaissais des paras que le saut et le « crapahut ». Vous êtes à la base des parachutistes et comme vous le disiez lors du serment du plieur, sans vous pas de paras."
 
  • Témoignage de Patrick LEFEBVRE (Coin's 391) sur les camps CRAP.
Entre souvenirs d'une époque où l'on sautait du Nord Atlas avec des parachutes "ronds" et anecdotes mémorables, Patrick Lefebvre partage son vécu teinté de nostalgie et d'humour. Son récit illustre l'ambiance particulière de ces missions d'entraînement et la complicité de longue date unissant les troupes aux « Mat Paras ».
" Pour les camps CRAP, j'ai quelques souvenirs bien vagues (ma mémoire n'est plus ce qu'elle était ...) mais je me souviens dans mon jeune temps (sergent ou chef) de CAHORS, de GERS, de SALIAGOUSE (à côté du CNEC de MONT LOUIS). Les parachutes étaient encore des "ronds" (656-11D et 687-12-1 D), les avions étaient souvent des NORD ATLAS ... La plupart du temps, il n'y avait pas de plieurs mais un simple "monteur KAP 3" (plieur OR) car on venait avec tous les parachutes disponibles déjà pliés. On faisait tourner les déclencheurs car il n'y en avait pas assez pour tous les parachutes. Quand l'aile est arrivée, j'étais trop "responsable" pour aller faire ces missions.
Le seul souvenir croustillant pendant une de ces manips, c'était à CAHORS. Le NORD ATLAS était plein (33 ou 36 ... je ne sais plus bien) et comme c'était un des derniers sauts de la semaine, j'avais fait monter à bord mon p'tit gars de la SEPP.
Juste quelques secondes après le décollage, l'avion a calé un moteur et tout le monde a serré sa jugulaire de casque et mit ses gants. Le plieur, sanglé dans un parachute de sauvetage dont il ignorait complètement le fonctionnement, sans casque, a eu une immense lueur d'inquiétude dans le regard ...
Le NORD a fait un hippodrome hésitant sur un moteur pour se ré axer pour le poser et le deuxième moteur a rendu l'âme juste au moment de toucher les roues! Les pilotes étaient bien plus angoissés que nous. Nous étions jeunes et inconscients ... ça nous faisait rigoler !
Des années plus tard, ce pilote racontait par hasard l'anecdote à l’ADC PETRO (MATPARA) en lui disant qu'on était passé à un poil de cul de la catastrophe. PETRO connaissait l’histoire car je lui en avais parlé. Il m’a raconté ce qu'avait dit le pilote et ... ça m'a encore fait rigoler !"
 
  • Témoignage de Patrick LAVIE (Coin's 154), sur les campagne de pliage au profit des commandos marine de Lorient.
À travers le récit de ses campagnes de sauts menées aux côtés des Commandos Marine à Lorient, Patrick Lavie dévoile le rythme intense et l'engagement total exigés des plieurs de la BOMAP. Entre cadences de travail infernales en salle et moments de camaraderie inoubliables, ce témoignage illustre la fierté de ces hommes de l'ombre à accomplir leur mission jusqu'au bout.
" Au mois de septembre, nous partions pour LORIENT, pour assurer la campagne de sauts des FUMACO. Le détachement se composait d’un chef de groupe, de deux chefs d’équipe et de huit plieurs OA – OR.
Les matériels, jeux de parachutes (OA – OR) et tout le nécessaire au pliage des parachutes (drisses de toutes résistances et toutes tailles prédécoupées, bracelets de lovage etc.) étaient récupérés par un camion de la Marine dans la semaine qui précédait la campagne.
Les sauts étaient effectués à partir du NORD 2501, sur la zone de sauts de MEUCON.
Les personnels de la BOMAP, nous rejoignions Lorient le dimanche. À l’arrivée, en gare, nous étions accueillis par le PACHA du Commando qui nous menait directement à la Base Marine pour la prise en compte de nos quartiers, c’est-à-dire une chambre collective dans laquelle logeait tout le détachement, y compris le sous-officier.
Le premier jour, comme tous les parachutes étaient pliés, nous commencions par un saut en OA sur MEUCON à partir de Lorient. La journée était consacrée au pliage des parachutes « OR » (656-11 D, 687-1D et 2D) sur les tables du para club, montage des KAP3, contrôles etc.. Après que l'ensemble des détachements ait réalisé de 2 à 3 sauts par jour retour sur LORIENT vers 18h30, repas, puis direction la salle de pliage pour le pliage des parachutes (TAP 661-12 et TAP 501) utilisés dans la journée.
L’organisation du pliage en salle était la suivante : deux équipes BOMAP et deux équipes FUMACO. Les plieurs de la Marine étaient formés à la BOMAP au cours d’un stage d’un mois.
Le but était de replier la totalité du parc afin d'assurer le lendemain un maximum de sauts. La vigilance était permanente car le pliage réalisé par les commandos marines était rapide. Si on ne faisait pas attention, il ne respectait pas grand-chose : repassage de la voile presque pour mémoire, lovage des suspentes un élastique sur deux etc. Dur, dur, d’être chef d’équipe et chef de groupe pendant toutes ces soirées de pliage. Une fois le pliage terminé, en général vers 23h30, nous chargions les parachutes dans les véhicules (sauf le premier avion, qui faisait directement l’ouverture de séance à partir de Lorient).
Le rythme de travail était très soutenu et les journées très longues. Aussi, afin de remonter le moral de la troupe « Bomapienne » direction certaines boîtes de nuit de Lorient pour une soirée de « détente ». Retour en chambre vers trois ou quatre heures du matin !
Le matin, le rassemblement avait lieu à 7h00, et c’était reparti pour une nouvelle journée de cadences infernales. La semaine était bien remplie et il fallait tenir un mois. Par contre, nous avions l’avantage d’effectuer beaucoup de sauts, de jour comme de nuit. Le mois était bien rempli. Beaucoup d' heures de sommeil en retard, mais la mission primait et nous avions la fierté de la remplir à cent pour cent.
Que de souvenirs ! Les plieurs racontaient leur campagne au retour et faisaient beaucoup d’envieux et naturellement de futurs volontaires. Personnellement, j’ai toujours été volontaire pour cette mission. C'est d’ailleurs là-bas, que j'ai effectué mon saut le plus haut 5300 m. Pour la première fois, j'ai vu que la terre était ronde. Par contre, la zone je ne l’ai pas vu cette fois-ci. Cela faisait partie du folklore des commandos marine.
Puis c’était le retour à la BOMAP, avec tout le matériel, une vingtaine de sauts par plieur, des moules et des bouteilles de vin blanc pour déguster, le vendredi soir quelque 40 kilos de moules frites préparés par l’excellent officier d'ordinaire, le lieutenant TATON . Que de sacrés souvenirs !"
 
  • Témoignage de Gérard COLOM (Coin's 234) sur la vague de froid de janvier 1987.
À travers l'anecdote mémorable d'un hiver glacial à la base de Francazal, Gérard Colom raconte comment une panne de chaudière majeure a mis à rude épreuve le Centre de Pliage et d’Entretien de la BOMAP. Un récit haut en couleur qui illustre avec humour la débrouillardise et l'ingéniosité des « Mat Paras » pour sauver la mission coûte que coûte.

" C’était en 1987, plus précisément aux alentours du 18 janvier, au cœur d’un hiver qui marqua les esprits. Le thermomètre venait de s'effondrer à moins dix-sept degrés, un soubresaut météorologique rarissime pour la région toulousaine. La vénérable chaudière du Centre de Pliage et d’Entretien de la BOMAP, qui alimentait nos locaux, n’avait pu résister à pareille agression : elle avait tout bonnement rendu l'âme. Elle, qui faisait l'objet de tous nos soins — celle à qui je rendais visite dès l’aube pour m’assurer de son paisible sommeil nocturne —, venait de s'éteindre après plus de vingt ans de loyaux services.

Pourquoi tant de sollicitude pour une machine si vétuste ? Tout « Mat-Para » le sait : le maintien en condition des équipements de parachutage obéit à des impératifs scientifiques stricts. Pour que le travail s'effectue dans les règles de l'art, la température ambiante doit se caler entre quinze et trente degrés, tandis que l’hygrométrie doit osciller entre douze et soixante-cinq pour cent d'humidité.

Malheureusement, les deux « cerbères » de la section distribution, censés veiller sur les lieux, n'avaient absolument rien vu. Ce fut dès potron-minet, en découvrant l'ampleur du désastre, que la réalité me frappa. En ce début d'année, l'activité aérienne battait son plein : les boxes d’aération dégorgeaient de voiles et le hall d'entrée croulait sous les équipements en attente de passage. Et, fidèle à la grande loi de l'emmerdement maximum, ce cataclysme s'était produit entre le jeudi et le vendredi.

Auprès de la DDE — car la BOMAP, implantée sur la base aérienne 101 de Francazal, dépendait pour ses infrastructures de l'Équipement et non du Génie —, la demande de remplacement fut immédiate. Mais en attendant l'installation de la future chaudière, il fallut parer au plus pressé. L'Armée de l'Air vint d'abord à notre secours en nous prêtant de puissants groupes d'air chaud pulsé, habituellement réservés au dégivrage des moteurs d'avions. De larges tuyaux flexibles serpentaient par les fenêtres pour alimenter les boxes d’aération, transformant pour quelques semaines le CPE en une structure futuriste digne du Centre Beaubourgeois, retenant l'attention générale mais fuyant la visite des autorités locales.

Si les boxes commençaient à tiédir, le cœur névralgique de l'unité — la grande salle de pliage et le magasin de stockage — demeurait impitoyablement glacial. C'est alors que surgit, dans l'urgence, la solution miracle : l'acquisition de générateurs d'air chaud mobiles, semblables à ceux qui chauffent les cirques en hiver. Restait à convaincre le chef de corps et son redoutable grand argentier, le commandant Derlan, alias « l'amiral ». Mais face à la menace d’une interruption de l'activité aéroportée de la Onzième Division Parachutiste, les cordons de la bourse se délièrent sans plus tarder.

Durant un long mois, l'odeur si caractéristique des toiles de parachute se mêla ainsi aux effluves de fioul brûlé. Mais l'honneur de la spécialité était sauf, et la mission, accomplie."

  • Témoignage de Gérard COLOM (Coin's 234) sur le recensement des parachutes en fin d'année.
À travers le rituel de l'inventaire hivernal, Gérard Colom plonge le lecteur dans les coulisses méticuleuses du Centre de Pliage et d’Entretien de la BOMAP. Un témoignage qui illustre l'ampleur de la tâche et la rigueur absolue exigée pour veiller sur le précieux parc de parachutes de la division.

" À l'approche des derniers jours de décembre, les cieux se figeaient enfin, marquant l'arrêt de toute activité aéroportée. Cette trêve hivernale offrait au Centre de Pliage et d’Entretien une parenthèse de calme relatif, une accalmie bienvenue que nous mettions immédiatement à profit pour accomplir l'une des tâches les plus colossales de notre calendrier : le grand recensement des milliers de voiles confiées à notre garde.

Dans l'antre du CPE reposait alors, dispersé aux quatre coins des magasins, l'immense patrimoine aérien de la Onzième Division Parachutiste tout entière, ainsi que celui, précieux et exigeant, des Commandos Marine. Puisque l'ensemble de ces équipements de survie avait regagné ses bases, l'heure était venue de dresser un bilan minutieux, un inventaire implacable de ce parc immense de parachutes à ouverture automatique, commandée ou de secours.

La manœuvre, vaste et méthodique, s'amorçait par une immense marée de toile : il s'agissait d'abord de replier chaque voilerie avec une rigueur absolue, sans céder à la fatigue. Une fois l'ouvrage achevé, les équipements venaient s'aligner sur les tables, rigoureusement triés par modèle et par catégorie. C'est alors que s'avançait le sous-officier comptable, gardien des registres et de la stricte vérité des chiffres, un lourd carnet de parachutes sous le bras. Débutait un long tête-à-tête avec la matière, une vérification obsessionnelle où chaque matricule de cuir et de toile devait, sans la moindre dérogation, épouser l'exacte réalité du papier."

  • Photos transmises par Frédéric MERLE (Coin's 636) sur le recensement de 1985.
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