Chapitre 1: L'HISTOIRE DU PARACHUTE.

 
Du début du XXème siècle à la Première Guerre Mondiale.
Au début du XXème siècle, le parachute sera surtout utilisé comme dispositif de sécurité pour évacuer en vol un aéronef en perdition.
  • Grant MORTON.
La première personne connue a avoir sauté d'un avion (plutôt que d'un ballon) avec un parachute a été l'américain Grant MORTON. Fin 1911il a sauté d'un avion Wright Model Bpiloté par Philippe PARMELEEau dessus de Venice Beach en Californie. MORTON tenait le parachute dans ses brasattaché à un harnais à son corpsTout en sautant de l'avion, et il jetait le parachute.
  • Albert BERRY (1878 - ?).
En mars 1912, un capitaine américain, Albert BERRY, sauta au-dessus de Saint-Louis dans le MissouriCe saut fut tout sauf une promenade de santé, le parachute, lourd et encombrant, s'accrocha au train d'atterrissage de son avion. Par chance, il arriva sain et sauf au sol.
Le parachute était placé dans un cylindre de métal attaché sous le fuselage de l’appareil, juste au dessus du train d’atterrissage. L’expérimentateur devait quitter sa place dans l’avion, gagner l’axe du train d’atterrissage, endosser le harnais du parachute et sauter. Le poids du corps suffisait à tirer le parachute de son enveloppe. Tous les essais d’
Albert BERRY furent couronnés de succès.
  • Géorgia Ann "Tiny" Thomson BROADWICK (1893 - 1978).
La première femme à sauter d'un avion avec un parachute a été Géorgia BROADWICK , connu sous le nom "TINY" en raison de sa petite taille. En Juin 1913, elle a sauté d'un avion volant au-dessus de Los Angeles. Elle est représentée en cours de préparation pour le saut. Elle utilise le parachute comme un trapèze, assis sur un siège avec le parachute au dessus de sa tête. Il sera déployée grâce à une ligne statique reliée à l'aéronef.
À noter également, le déflecteur d'air en forme de cône fixé au fuselage en face d'elle. Tout en étant dans le sillage du déflecteur, elle doit en être le plus loin possible, lorsqu’elle effectue le saut.
En 1914, au cours d’un saut de démonstration devant des personnels de l'armée américaine, la « sangle à ouverture automatique» reliant son parachute (portés sur le dos) à l'avion s'est empêtrée dans le train d'atterrissage. Elle a coupé la sangle (la délivrant de sa liaison), a bondi de son siège, et a tiré sur la sangle tout en tombant, ce qui a permis d'ouvrir le parachute. Ainsi, elle a fait le premier saut en parachute, a ouverture commandée, d'un avion, uniquement par accident.
  • François REICHELT (1878 - 1912).
Le 4 février 1912, François REICHELT s’élance du premier étage avec un parachute de son cru : un costume-parachute en toile caoutchoutée inspiré des chauves-souris.
Ayant rédigé auparavant son testament, le tailleur du quartier de l’Opéra se jette à 8h57 du premier étage de la Tour Eiffel, soit une hauteur de 57 mètres.
Son costume ne s’ouvre qu’à moitié et il s’écrase.
Ayant appelé la presse, ce tragique essai a été filmé à l’époque.
  • Adolphe PÉGOUD (1889 - 1915).
Le 19 août 1913, l’aviateur français Adolphe PÉGOUD sauta à 200 mètres du sol de son avion Blériot sacrifié pour l'occasion, avec un parachute fabriqué par la « maison BONNET », au-dessus de l'aérodrome de Châteaufort dans les Yvelines. PEGOUD ouvrait son parachute avant de sauter, se laissant ainsi extraire de l’avion par la traction de sa voilure. Heurtant l'empennage de son avion, il se fractura l'épaule et termina sa chute dans un arbre.
Cette technique devait être pratiquée longtemps au cours des sauts d’entraînement. Le parachutiste se plaçait sur le plan de l’avion, d’une traction sur la poignée de commande, il libérait la voilure qui, gonflée immédiatement, arrachait l’homme du plan. L’accroissement de la vitesse des appareils rendant dangereuse cette méthode, elle fut abandonnée.
  • Štefan Bani (1870 - 1941).
Štefan Bani, un inventeur slovaque, a construit un prototype de parachute en 1913 et l’a testé à Washington DC en face de l'Office des brevets des États-Unis et des représentants militaires. Il a sauté d'un immeuble de 41 étages et par la suite d'un avion en 1914. Son parachute breveté est devenu un équipement standard pour les pilotes américains pendant la Première Guerre mondiale. BANIC a travaillé aux États-Unis de 1907 à 1921, avec deux interruptions. Son nom n'est pas connu, cependant, l'Office des brevets et les documents militaires confirment ces faits historiques.
  • Jean ORS.

Mettre au point un dispositif en mesure de sauver des aviateurs en péril est très vite une des préoccupations des inventeurs dès le début de l’aviation, les accidents sont nombreux, tout autant que ceux des parachutistes en herbe.
Le 12 février 1914, montant à bord de l’aéroplane de l’aviateur Lemoine, un monoplan Deperdussin, Jean ORS va se jeter dans le vide à 300 mètres de hauteur, pour retrouver la terre ferme sans dommage ! Une vraie réussite !

Il avait déjà fait des tests avec des mannequins auparavant, les jetant équipés d’un parachute de la tour Eiffel. Comme ils s’étaient avérés concluants, Jean Ors a décidé de passer à l’étape suivante.
  • Jean BOURHIS (1888 - 1916).
Avec un parachute inventé par Frédéric BONNET, Jean BOURHIS (parfois improprement appelé "Le BOURHIS") effectue son premier saut le 21 février 1914 à Juvisy Port Aviation, et se retrouve poussé par le vent dans le cours de la Seine. Il saute plusieurs fois avec succès et c'est ainsi qu'il est amené à participer avec son équipe et le pilote Alfred LEMOINE notamment, à des démonstrations en France et à l'étranger notamment à Vienne au printemps 1914 où ils seront tous les deux blessés.
La Première Guerre Mondiale
Au début de la Première Guerre mondiale, l'aérostation française est très limitée. Les ballons sphériques sont peu performants et les treuils à vapeur lents et poussifs. En quelques mois le retard est rattrapé au cours de l'année 1915. De nouveaux matériaux sont mis au point et on commence à songer à l’utilisation du parachute.
En effet, lors de l'offensive d'automne en Champagne du général JOFFRE, l'aérostation perd plusieurs ballons. Le commandement demande alors aux ateliers aérostatiques de Chalais-Meudon de trouver une parade. On pense tout de suite à armer la nacelle de deux mitrailleuses pour riposter aux attaques des avions ennemis. Le 1er octobre un premier ballon est incendié et l’observateur n’est que blessé, mais le 14, le maréchal des logis ROZE est carbonisé. Deux officiers de l'aérostation, le lieutenant JUMESCH, et le capitaine LETOURNEUR, proposent d’utiliser le parachute.
En effet, il est urgent, indispensable, de donner à l'observateur une bouée de sauvetage, et le grand quartier général provoque immédiatement la mise au point et la fabrication des parachutes.
Ce qui est rapide, parce que l'idée n’est pas neuve et que le matériel est en partie étudié.
 JUCHMESCH
ancien pilote du dirigeable « LEBAUDY », avait pu avant 1914, réalisé un parachute qu'il destinait à ces appareils. Mobilisé à Chalais-Meudon[1] comme lieutenant, il n'a qu'à perfectionner son matériel avec le capitaine LETOURNEUR, en ajoutant une ceinture-harnais et un sac.

Plan du Parachute 1915, conçu par JUMESCH et testé par DUCLOS.

Ils confectionnent alors rapidement un parachute qu'ils testent à l'aide de charges de 80 kg. Puis le prototype est essayé par Constant DUCLOS, un fusilier marinaffecté aux ateliers de Chalais-Meudon, qui effectue le 17 novembre 1915 le premier saut en parachute de l'histoire militaire françaiseEn décembre 1915, le parachute est homologué, la construction en série peut être déclenchée.
En décembre 1915 et janvier 1916 les observateurs en sont pourvus.
Toutefois, confier sa vie à cet engin si peu connu et d'apparence si frêle, est angoissant, même devant la perspective terrifiante d'être brûlé.
Il faut donc donner confiance. Alors que la construction des parachutes est menée à grande allure à Chalais Meudon, JUCHMESCH , part sur le front pour donner « le moral parachutiste ».
Il est accompagné de
 Constant DUCLOS, lequel exécute, sans le moindre incident, 23 sauts en parachute devant les observateurs pour les convaincre de l’utilité du parachute, ce qui constitue certainement le record pendant la guerre... Sitôt la descente exécutée, les aérostiers entouraient le lieutenant JUCHMESCH et lui demandaient des parachutes.
Si une bourrasque vient à rompre le câble, si la foudre incendie le ballon, si un avion le mitraille ou le bombarde, l'observateur sait qu'il ne lui reste qu'une ressource :
 sans perdre une seconde, enjamber la nacelle, les pieds ballants au dehors, vérifier si la corde d'attache du parachute ne risque pas d'accrocher quelque saillant de l'osier, se retourner lentement, se suspendre des deux mains au plat-bord, faire une prière, et, se fiant à l'appareil, qui s'ouvrira, s'il peut, lâcher tout.
Il est curieux de constater que, pendant la première guerre mondiale, seuls les aérostiers semblaient avoir pris au sérieux le sauvetage par parachute. Les premiers parachutes équipent les compagnies d'aérostiers au début de la bataille de Verdun, en février 1916. Un des premiers à avoir eu la vie sauve grâce à son parachute fut le sous-lieutenant LEVASSEUR d’HIERVILLE, observateur à la 68ème compagnie. Le 16 mars 1916, se trouvant en observation près des lignes allemandes, le câble de son ballon fut coupé par un obus. Pour éviter d’atterrir chez l’ennemi, où le vent entraînait sa «saucisse », Levasseur décide de sauter, en parachute à 1100 mètres d’altitude, tout en récupérant le matériel confidentiel, carte, croquis, consignes. Sa descente dure alors quinze minutes et il se pose à 400 mètres des lignes allemandes se réfugiant ensuite dans la maison du garde barrière pour échapper aux tirs ennemis. Il devient ainsi le premier parachutiste français à avoir effectué un saut devant l'ennemi.
Cependant, vers la fin de la guerre, des parachutes de sauvetage, spécialement conçus pour les aviateurs firent une timide apparition sur des avions de combat. D’autres pays tel que l’Allemagne équiperont peu à peu leurs ballons d’observation de parachute afin de prévenir les accidents. En 1917, un mécanicien Allemand, Otto HEINICKE, met au point un parachute porté dans un coussin sous le siège du pilote de l’avion. Ce système connu alors un grand succès, et beaucoup de pilotes de la Seconde Guerre Mondiale l’utilisèrent par la suite.
Sur les avions français, rien n’était prévu officiellement. Pourtant, grâce à des initiatives privées, certains avions disposaient de parachutes de ballons adaptés en vue du sauvetage des aviateurs. 
Au cours des batailles de Verdun et de la Somme, un certain nombre d'avions ravitaillent les Poilus par parachute en vivres, tabac et journaux. En 1918, le ravitaillement par air en vivres, armes et munitions est officiellement décidé. Ainsi certains bataillons, encerclés par les Allemands parviennent à briser leur isolement. D'autres opérations de largage de vivres et de munitions avec parachutes se sont déroulées en Flandre en fin 1918.

Le parachute commence ensuite à être utilisé par les services de renseignement afin d'introduire des agents dans les lignes ennemies, évitant aux pilotes de périlleux atterrissages nocturnes. Les premiers agents largués en parachute sont trois lieutenants italiens, fin 1918, sautant sur la Vénétie afin d’en préparer l’offensive. Ils rapporteront les renseignements par pigeons voyageurs et recevront tous trois la médaille d’Or de la Valeur Militaire ayant contribué à la victoire de la bataille de Vittorio Veneto[2].
Les aérostiers allemands utilisèrent aussi le parachute durant la fin de la guerre, ce qui sauva la vie à de nombreux pilotes dont Hermann Göring.
Globalement, le parachute ne fut quasiment pas utilisé jusqu’en 1918 par les aviateurs sauf à Verdun, en février 1916, par quelques divisions françaises. Bien qu’assez sûr et performant pour être intégrer au matériel du pilote, il était, d’un poids considérable pour certains appareils de l'époque, légers et de faible puissance. De plus certains États Major avaient peur que les aérostiers n’abandonnent un peu trop vite leurs avions en cas de problèmes ou sautent en parachute au lieu de se battre durant les missions périlleuses.
Le parachute équipa tout de même un grand nombre de ballons d’observation et on dénombre de 1916 à 1918157 descentes effectuées par des pilotes et des observateurs français. Mais ceci n’est rien sur les 200 000 pilotes Français, Italiens, Anglais, Américains, Allemands et Russes morts durant cette guerre dont 25 % auraient pu être probablement sauvés s’ils avaient été munis d’un parachute.
  • Un exemple de premiers sauts, dans les années 1915 - 1920, aux Etats Unis.
Il fallait oser ! Comme ce pionnier dans les années 20. 
[2]La bataille de Vittorio Veneto (ou Troisième Bataille du Piave) est une bataille qui se déroula au cours de la Première Guerre mondiale dans le nord-est de l'Italie du 24 octobre 1918 au 3 ou 4 novembre 1918. L'Autriche-Hongrie fut vaincue par l'Italie, l'armistice fut signé à Villa Giusti près de Padoue.
[1]Crée en 1877, les ateliers aérostatiques Chalais-Meudon appartiennent à l’Etat. 11 dirigeables sortiront de ces ateliers entre 1884 et 1920
En page 3: "L'entre deux guerres".



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