Chapitre 6: LES FÉMININES DE LA SPÉCIALITÉ DES MATÉRIELS DE PARACHUTAGE ET DE LARGAGE

 

Témoignages de personnels militaires féminins de l'Armée de Terre (PMFAT).

 
  • Témoignage d'Augusta MAROT.
Je me suis engagée en 1947 (je n’avais pas 21 ans) parce que je ne trouvais pas de travail. Mon enfance n’ a pas été très heureuse. Abandonnée par ma mère, je n’ai pas connu mon père. J’ai été élevée dans un premier temps par mes grands-parents, puis par mon parrain et ma marraine jusqu’ à l’âge de dix ans, à la mort de ma grand-mère. Comme à cette époque, nourrir une bouche supplémentaire, ça coûte cher, je me suis retrouvée dans ce qu’on appellerait aujourd’hui une famille d’accueil. Ces gens-là étaient pharmaciens. La dame qui leur faisait le ménage était mariée à un militaire.
C’est son mari qui m’a emmené au palais Niel, pour passer les tests d’entrée à l’armée. J’ai passé avec succès les épreuves : une dictée et des exercices de calcul. Quelque temps plus tard je signais donc mon premier engagement de 3 mois le 10 janvier 1947. Le seul endroit où ils avaient besoin du monde, c’était pour le pliage des parachutes. Je suis donc partie à Idron, près de PAU, au Centre École des Troupes Aéroportées (C.E.T.A.P.).
On ne parlait pas du C.E.T.AP, on parlait du camp d’Idron. Le camp se composait de quelques baraquements. . On logeait dans des baraquements en ciment, avec un poêle à bois au milieu. Les fenêtres n’étaient pas équipées de volet et la nuit nous mettions des couvertures aux fenêtres, pour se préserver des regards indiscrets. L’infrastructure technique était très rudimentaire. Le séchage et l’aération des parachutes ce faisaient en plein air, il n’y avait pas de séchoir. La salle de pliage se composait de deux tables. On pliait des parachutes américains, des T5.
Au niveau de l’encadrement je me rappelle d’un sergent-chef, dont j’ai oublié le nom, qui nous apprenait à tricoter des chaussettes et des pulls. Dans la salle de pliage, un des responsables était le caporal-chef GREGORESKI, dont le fils avait une entreprise de déménagement à Montauban. Il y avait aussi des femmes civiles (épouses de militaires) qui pliaient avec nous.
Sur le camp d’Astra, d’où décollaient les avions, il n’y avait que deux bâtiments. C’est là que j’ai fait mon baptême de l’air en Junker.
Colette NEDELEC était avec moi. La plus part des autres filles n’ont pas renouvelé leur engagement. C’ étaient des contrats de trois à six mois qu’on signait autant de fois qu’on voulait. Nous étions des A.F.A.T. (auxiliaires féminines de l’armée de terre). Je suis restée presque trois ans à Idron, jusqu’en octobre 1949. Nous n’avions aucune formation militaire.
Et je fus mutée en Algérie, à Philippeville, à la 191ème SEP. Là, deux bonnes copines, « Kiki » et « Canard », m’ont baratiné pour que j’aille avec elles en Indochine. Cela faisait plusieurs fois qu’elles faisaient la demande pour partir, mais à chaque fois la demande partait à la poubelle. Leurs chefs de l’époque ne voulaient pas les laisser partir. Elles ont fait intervenir des officiers féminins qu’elles connaissaient à Paris et m’ont inclus dans la demande. Cela a tellement bien marché, qu’on a connu notre date de départ et le nom du bateau, avant nos chefs.
Mais avant, nous devions faire un stage de formation, comme toutes les volontaires pour le corps expéditionnaire en extrême orient, au C.R.P.F.I de Margival dans l’Aisne (Centre de recrutement pour les féminines en Indochine). Là nous y sommes restées un mois. Le C.R.P.F.I. était installé dans l’ancien quartier général de Hitler en France. Nous étions logées dans des bunkers. Nous faisions beaucoup d’exercices d’alerte de nuit. Rassemblement dans la cour en petite tenue, on s’habillait dehors et c’était parti pour une « promenade » dans les bois. L’encadrement était exclusivement féminin. Il n’y avait qu’un seul masculin : le jardinier. Il était interdit de lui parler, sinon nous étions renvoyées du stage.
Et puis à la fin du stage, nous embarquâmes directement à Marseille sur le navire hôpital le S/S « Chantilly », direction l’Indochine. C’était le 22 avril 1950.
Lire la suite de son témoignage en page « L’ Indochine » .
  • Photos transmises par Augusta MAROT.
Les plieuses à Idron.
Devant le bureau de Mafalda MOTTI.
C’était notre chef de cantonnement.
Les plieuses de la SEP au cours d’une prise d’armes au camp d’Idron. Avec ma meilleure amie : Yolande AMBRIOGIO.
 
  • Témoignage de Alice GUICHARD épouse COLOMBEAU.
Avant de m’engager, je travaillais à la ferme chez mes parents en Bourgogne, dans la région de Dijon. À cette époque, dans la presse locale, on trouvait des affiches sur des offres alléchantes d’engagement. Initialement, j’avais postulé pour un emploi à la poste. Je me suis faite refoulée parce que j’étais trop vieille : j’avais 27 ans ! J’ai donc signé mon engagement le 19 juin 1952.
En 1952, je voulais m’engager comme ambulancière. Mais comme il n’y avait plus de place, je me suis engagée comme « plieuse de parachutes ». J’ai fait un stage de formation initiale à Versailles, au C.I.P.F.I. (Centre d’Instruction du Personnel Féminin pour l’Indochine) à la caserne de CROY. J’aurai très bien pu être standardiste ou « passeuse » de message, mais pour moi c’était trop de responsabilités. Il ne me restait donc plus que les parachutistes. Je n’y connaissais pas grand-chose. Avant de m’engager, je travaillais à la ferme chez mes parents en Bourgogne, dans la région de Dijon. C’est d’ailleurs dans cette ville que je suis née en 1925. 
À Versailles, nous apprenions à marcher au pas, à nous présenter, les grades qui n’en étaient pas à cette époque. On parlait de catégories. Le centre d’instruction se trouvait juste en face du Château. Le cantonnement se tenait à la caserne d’Artois. Pour lesquels exercice de « terrain libre », nous allions au camp de Satory.
Puis après un mois de formation initiale, nous sommes parties à Montauban pour la formation technique. C’est mademoiselle HOLIE qui m’a appris à plier les parachutes T5. Elle avait commencé sa carrière chez AVIOREX : l’usine de parachutes de Montauban. C’est en Indochine que j’ai appris à plier le parachute 660.
À lire, ici>>, la suite de son témoignage sur son séjour en Indochine.
 
 
  • Témoignage de Francette FIORENTINO.
Native de Philippeville en Algérie et résidente dans la même ville, je travaillais à cette époque chez un maître tailleur. La boutique se trouvait à l’Arsenal, toute proche de la S.E.P. (section d’entretien des parachutes). J’y ai appris à faire différentes opérations de couture sur les effets des militaires de la garnison et comme j’étais la plus ancienne, je tenais la boutique. C’est comme cela que j’ai fait la connaissance du capitaine DIE, qui commandait à cette époque la SEP.
J’avais eu un différent avec mon patron et une amie m’avait dit que les militaires cherchaient à engager des mécaniciennes en confection. Aussi un samedi matin, j’ai osé me présenter à la SEP. Je fus accueillie par le capitaine DIE. Il m’a expliqué le travail et les formalités d’embauche. Il fallait passer un examen qui se composait d’une partie écrite (dictée, calculs) et d’ exercices pratiques à la machine à coudre. Les conditions de travail seraient inchangées à celles que je pratiquais chez le maître tailleur : mêmes horaires de travail, repas du midi et logement chez moi. Le capitaine voulait recruter des filles « du cru », pour ne pas avoir de problèmes d’hébergement.
Pour s’engager, il fallait se rendre à Constantine (distante de 60 kilomètres) pour signer le contrat. Cela me faisait hésiter, d’autant plus que mes parents n’étaient pas au courant de mes intentions et que le « poids » de la famille pesait énormément sur nos jeunes épaules. Un autre fait m’avait jeté le trouble. Un jour, j’ai croisé une PFAT (native de France) qui revenait d’Indochine. Je lui ai posé la question suivante : « j’ai une amie qui voudrait s’engager. Qu’est-ce que vous lui conseilleriez ? ». Sa réponse fut sans ambiguïté : « écoutez mademoiselle, dites à votre amie, que pour s’engager il faut avoir tué père et mère… ». Tout a été remis en cause et pendant deux ans j’ai continué à travailler chez le maître tailleur. Finalement, passé ce temps, je me suis décidé malgré la mauvaise réputation qu’avait les filles et je me suis engagée le 10 décembre 1952 à la SEP.
Nous étions sept filles, natives de Philippeville, et une dizaine « d’anciennes » qui revenaient d’Indochine. Parmi elles, il y avait : GESTIN, RUNAVOT, GUICHARD, MAROT, PONNEL, MOTTI, RAGANI, CALONETTE, BEZARD et CONTENET. Le chef d’atelier était l’ACH DENIS. Nous faisions des travaux de réparation de parachutes, ainsi qu’occasionnellement du pliage. Nous avions été formées sur place au pliage des parachutes. En ce qui concerne la partie militaire, on nous apprenait quelques rudiments de discipline générale. C’est en 1955, que j’ai été désignée pour suivre une formation militaire plus approfondie, à l’Ecole des Personnels Féminin de l’Armée de Terre à Dieppe.
La formation à Dieppe a duré un mois. Pendant cette période, nous avons appris à marcher au pas, à saluer, à se présenter. Nous apprenions aussi les règles de vie en communauté, un peu de service en campagne (sans armement !) et nous faisions du sport. Ce n’était pas très dur. Nous étions logées en chambre de quatre. Ce qui me pesait le plus, c’était l’éloignement de mon Algérie natale et de ma famille. A l’issue de cette formation, nous bénéficions d’une permission de quelques jours que j’ai passé chez de la famille à Marseille. Nous étions un peu coupées des réalités du « pays » et ce n’est qu’en allant chercher mon bon de transport, à l’intendance pour le retour, que j’ai été mise au courant des « évènements » qui se déroulaient en Algérie. J’ai finalement regagné Philippeville le 21 août 1955.
J’ai repris  le travail à la SEP. Nous montions de temps en temps la garde de nuit, dans l’enceinte de l’Arsenal, avec pour tout armement un gourdin. Nous n’étions pas fières, d’autant plus que les évènements se précisaient. Lorsque le risque était trop important, nous étions consignées au quartier, où nous disposions d’une chambre pour deux, pour passer la nuit. 
Il nous arrivait, aussi, de plier la nuit. Plier un parachute, ce n’était pas compliqué, c’était plutôt physique. Le plus difficile, c’était de faire la fermeture du parachute. Pour ce faire, nous demandions l’aide des masculins. Nous pliions les parachutes à personnels de type 660, les ventraux et aussi les parachutes pour les charges, les AMR. 
Pendant mon séjour, je n’ai connu qu’un seul accident mortel de parachutage. A cette époque nous pliions intensément de jour comme de nuit. Les parachutes n’avaient pas le temps de sécher, il fallait assurer le rendement. Un parachutiste a eu un problème de « torche » (voilure collée) et n’a pas mis en œuvre son ventral. C’est le commandant LEON qui est venu faire l’enquête d’accident. Il nous a réuni et nous a passé « un savon ». Le capitaine DIE nous a défendu, en lui affirmant que nous n’avions fait qu’exécuter les ordres. Le commandant s’est excusé et on n’ en a plus jamais entendu parler.
À Philippeville l’ambiance de travail était bonne. Certes, il y avait un peu de tiraillement entre nous, qui étions nées en Algérie, et celles qui venaient de France. Ce qui faisait la grosse différence, c’est le fait qu’elles vivaient ensemble en cantonnement et que nous, le soir, nous rentrions chez nous. La famille, pour nous était omniprésente, surtout les frères. Elles avaient l’impression qu’on les mettait à part.
Le matin nous commencions le travail à 7 h. Nous bénéficions d’une pose à 8h et nous nous retrouvions dans notre petit bar, exactement comme à l’Arsenal de Montauban, quelques années plus tard. Le capitaine DIE était un chef sévère, mais droit. Il a été remplacé par le lieutenant MORENVAL. C’est lui qui a assuré la dissolution de la SEP. Nous avons été mutées à Alger, au « Ruisseau », où nous avons grossi les rangs de ce qui allait devenir, plus tard, la 191ème CMRP. Là, nous ne faisions que de la réparation.
  • Photos transmises par Francette FIORENTINO.
Les personnels de la SEP de Philippeville en 1952.
La tenue de sortie en 1953. L'ACH DENIS et les réparatrices. Pour voir son album, cliquer sur la photo.
 
 
  • Témoignage de Jeanne LABRUGÈRE épouse THÉRY.
L’armée, ça m’a toujours interpellé. J’habitais chez mon grand-père avec ma sœur. Comme c’était pendant la guerre, mes grands-parents avaient toujours peur que je parte dans la résistance. J’ai travaillé chez plusieurs personnes à Périgueux, puis je suis allée à Bergerac. Là je travaillais chez un fleuriste qui louait une chambre à une personne d’une cinquantaine d'années. Un jour cette dame me dit : « j’ai mon fils qui est en Indochine, j’ai pris les papiers pour m’engager et aller le rejoindre. Malheureusement je ne peux pas, parce que je suis trop âgée ». Alors elle me dit : « tenez, je vous donne les papiers… Et c’est comme ça que cela c’est passé. Je suis allée à la gendarmerie remplir les formalités, puis je suis allée à Bordeaux pour passer la visite médicale. Quelque temps plus tard, je partais pour Versailles au Centre d’Instruction du personnel féminin pour l’Indochine (CIPFI) à la caserne d'ARTOIS. 
S'il n’y avait pas eu ce coup du hasard, je serais peut-être entrain de « végéter » quelque part…. 
J’ai donc signé un contrat d’engagée volontaire pour deux ans, le 06 novembre 1951, devant l’intendant militaire de Paris pour le personnel féminin des forces Terrestres d’Extrême-Orient, en qualité de plieuse de parachutes. 
Le stage précolonial au CIPFI, a commencé le 19 novembre 1951. J’étais affectée à la Compagnie d’état-major des troupes coloniales (CEMTC). Ce stage était surtout un stage de culture générale et de savoir-vivre militaire. Nous avons appris à marcher au pas. Il y avait des personnes beaucoup plus âgées que moi et qui paraissaient beaucoup plus instruites que moi et qui faisaient des fautes à n’en plus finir, alors que moi avec mon certificat d’études, j’en faisais mais beaucoup moins qu’elles. 
N’ayant aucune notion de secrétariat, ils m’ont envoyé à l’ERGMAP à Montauban, pour y suivre une formation de réparatrice de parachutes. Comme j’avais déjà travaillé chez une couturière, cela a certainement influencé leur décision. Pendant ce stage, j’ai aussi appris à plier des parachutes, essentiellement du 660 et du 661. 
Dans le train entre Versailles et Montauban j’ai discuté avec des militaires. L’un d’entre eux était parachutiste. Il me parlait de cheminée, de panneau. Moi je pensais à la cheminée dans laquelle on fait le feu et je ne voyais pas trop où il voulait en venir. En fait, j’ai tout compris pendant le stage et il n’y a eu aucun problème. 
Le fait de partir pour l’Indochine ne m’inquiétait pas, parce que j’avais une cousine doublement germaine (nos pères étaient frères et nos mères étaient sœurs) qui avait rencontré un secrétaire de la compagnie pétrolière Shell et qui était partie là-bas pour se marier avec lui. Ils vivaient à Hanoi. Aussi je me suis dit, je pourrais bien aller à Hanoi aussi. Entre-temps, ils sont revenus à Saigon. Aussi en débarquant en Indochine, j’ai demandé à rester à Saigon, d’autant que certaines filles commençaient à quitter Hanoi pour rejoindre Saigon.
La suite de son témoignage en page « L’ Indochine » (cliquer sur le lien).



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